Salut Nico !
Je vais m’exprimer uniquement en mon nom (Edgard de la Santa). Je n’ai jamais été capitaine, mais j’ai très vite considéré la chose suivante : la sémantique du mot est drôle car elle connote bien l’univers des radeaux… mais le sens qu’il véhicule est, pour moi, à bannir.
Le mot capitaine crée des projections, et ces projections créent des attentes. J’en ai été témoin dans mon équipage. Même en étant très clairs sur la nature de ce rôle et en limitant ses responsabilités au maximum, il a fini par devenir une charge pour ceux qui le portaient. Ils étendaient leur sentiment de responsabilité bien au-delà du rôle initial — se sentant par exemple plus responsables que les autres lorsqu’une décision collective menait à un échec.
Je trouve que la confusion entre la sémiologie du mot capitaine et son sens concret à Tutto Blu n’aide pas à l’attribuer de la bonne manière. Par exemple, que le·a lead constru prenne ce rôle fait sens… si on entend capitaine dans sa définition classique.
Donc oui : j’appelle de mes vœux une déconstruction salutaire du mot et du rôle de “capitaine”.
En réalité, on désigne un·e référent·e, un·e représentant·e, avec des devoirs — et aucun pouvoir. Ces devoirs sont, selon moi, au nombre de trois :
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assister aux réunions rassemblant les représentant·es de tous les radeaux ;
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être joignable autant que possible pendant l’hibernage et le rassemblement ;
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porter la voix de son radeau et relayer celle de l’orga auprès de son équipage.
Et c’est tout.
Pour moi, ça ne peut qu’être ainsi pour deux raisons :
d’abord, personne ne cumule toutes les compétences attendues d’un capitaine ;
ensuite, personne ne veut réellement porter toutes les responsabilités induite avec ce rôle.
Car lorsqu’elles sont concentrées sur une seule personne, elles deviennent sources de tensions : sentiment de hiérarchie, sentiment de submersion du capitaine … bref, une bonne cocotte-minute à merde.
Quelques pistes, en vrac :
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renommer ce poste en référent·e ou messager (moins sexy, mais plus fidèle) ;
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expliquer clairement ce qu’il implique — au final, moins de choses qu’on ne l’imagine, et des compétences assez éloignées de celles d’un·e chef·fe ;
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proposer d’échanger ce rôle au début du rassemblement. Cela permettrait par exemple qu’un·e leader de projet très investi·e pendant l’hibernage passe le relais une fois sur place.
D’autres idées liées :
la sécurité doit être diluée dans l’équipage. Tout le monde doit y être vigilant·e, lire le topo de sécu et veiller à son application.
Les priorités doivent être fixées collectivement. On est tous·tes différent·es, avec des besoins différents ; ce qui compte, c’est l’intersection de ces besoins.
Pour finir, je pense qu’un rôle crucial dans un équipage est quelqu’un qui s’occupe de l’énergie collective en s’appuyant sur la communication entre pirates, en clarifiant les priorités, en apaisant les tensions et en organisant le repos des braves (ca reste des vacances quand même !). J’aimerais inspirer les gens qui veulent à aller dans cette direction.
On est aligné, ce role est primordial mais je pense qu’il faut l’étendre à tout le monde. Et encourager tout le monde a faire ce que tu décris. On ne veut pas finir avec des RH et des happiness manager.
Prioriser / communiquer / apaiser / prendre soin des un·es et des autres c’est l’affaire du groupe et c’est notre role a tous·tes.
Enfin, les conflits font partie de la vie. On se retrouve dans des conditions intenses : faire flotter trois tonnes de bois sur huit bidons d’huile d’olive, entouré·es de 200 merveilleuses stimulations sociales (c’est vous
), puis vivre sous le même toit pendant presque dix jours.
Ce qui compte, c’est comment on parvient à résoudre et apaiser ces conflits. Ça demandera toujours de l’intelligence collective. Parfois ça marche, parfois pas du tout — et je crois que ça fait partie de l’aventure.
Le capitaine est mort ! Vive les Référant·es !